Le Cantique des oiseaux

Avant-propos

 

J’ai cheminé près de trois ans à travers Le Cantique des oiseaux, poème perse de Farîd od-dîn ’Attâr, auteur du xiie siècle, dans la merveilleuse traduction qu’en a fait Leili Anvar[1], pour l’interpréter avec mes propres pensées et images. Cette démarche est inspirée par l’époque chaotique que nous traversons. La quête des oiseaux représente la recherche du moi profond, l’élévation de l’âme.

 

Pour entamer cette traversée des sept vallées, dont je ne n’avais pas mesuré l’étendue, d’autant moins que c’était sans compter sur la proposition de l’Imprimerie nationale de me demander de créer une version différente pour un ouvrage de bibliophilie, j’ai commencé par étudier la silhouette de chaque oiseau : pinson, moineau, colombe, mésange et rouge-gorge. De ces figures isolées, découpées puis imprimées, chacune sur leur feuille de papier séparée, j’ai choisi deux rouges-gorges pour interpréter La Vallée de la Connaissance. Ce choix n’était pas dû au hasard. Une légende, lue dans mon enfance, prêtait un esprit compassionnel à ces oiseaux dont la gorge se serait ornée du sang du Christ à son contact alors qu’il était sur le Mont Golgotha. 

Je souhaitais en effet placer des symboles chrétiens dans ce récit soufi afin de proposer une vision universelle de ce long poème qui évoque une quête spirituelle, plus qu’une démarche religieuse au sens strict. Je voulais aussi rendre cette Quête des oiseaux très proche de nous en choisissant des oiseaux familiers, ceux que je vois dans mon jardin depuis la fenêtre de mon atelier. 

 

Formellement, j’ai opté pour un format unique allongé, propice à la représentation d’un paysage panoramique et donnant à chacune des sept étapes de ce voyage spirituel une égale importance. 

Afin de conférer une cohérence plastique à l’ensemble, je me suis inspirée du procédé qu’utilisait Nicolas Poussin qui construisait des boîtes optiques dans lesquelles il préparait l’organisation spatiale de ses tableaux en disposant de petits mannequins. J’ai fabriqué une boîte ouverte sur le devant, à l’intérieur de laquelle j’ai disposé des volumes simples, représentant monts, cols et vallées, ainsi que des silhouettes d’oiseaux sur lesquels je projetais une lumière vive afin d’obtenir un fort contraste de valeurs. Ces espaces clos symbolisent notre paysage intérieur.

 

D’un point de vue technique, les rapports de l’ombre et de la lumière étaient propices à l’utilisation de l’eau-forte et de l’aquatinte, appuyant un effet de surprise, une sensation de mystère. J’ai utilisé le même procédé pour les deux séries distinctes de la Quête des oiseaux, l’une réalisée sur zinc, l’autre sur cuivre.

Cette aventure plastique et spirituelle m’a fait découvrir la puissance de la lumière. 

 

Sylvie Abélanet

 

[1] La traduction de Leili Anvar a été réalisée spécialement pour l’édition Le Cantique des oiseaux de Farîd od-dîn ‘Attâr illustré par la peinture en Islam d’orient, Paris, Éd. Diane de Selliers, 2012.

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The Conference of the Birds

Introduction

I immersed myself in Farîd od-dîn ‘Attâr’s poem, The Conference of the Birds (published in 1177) for two years to fathom it and eventually interpret it with my own thoughts and images. This approach is inspired by our chaotic world. The search for birds symbolizes the quest for self-discovery and the elevation of the soul.

To start this journey, whose length I had failed to estimate, I started studying the outline of each and every bird: finch, sparrow, dove, tit, and robin. 

From these isolated figures, cut and printed, each on its own sheet of paper, I eventually chose two robins to interpret the Valley of Knowledge. Such a choice is not due to chance. A childhood legend credited with a compassionate spirit the robins whose throats were said to have received Christ’s blood when they alighted on his shoulder on Mount Golgotha. 

I did wish to include Christian symbols in this Sufi tale to offer a universal view of this long poem, more of a spiritual than a religious quest.

I also wished to make this Conference of Birds close to us thanks to the selection of a familiar bird, one I see every day in my garden from my studio’s window.

 

As far as the format is concerned, I selected a long one, favorable to panoramic landscapes and giving an equal importance to each of the seven steps of this spiritual journey. 

Intending to give a plastic coherence to the work as a whole, I was inspired by Nicolas Poussin’s optical boxes filled with small figures which helped him determine the spatial organization of his paintings. 

I made a box with an open front in which I organized simple volumes symbolizing mountains, passes and valleys as well as birds’ silhouettes on which I projected a vivid light so as to get a great contrast of values. These closed spaces symbolize our inner landscape. 

 

From a technical point of view, the relationship between light and shadows called for the use of etching and aquatint, which create a surprise effect and an atmosphere of mystery. 

 

This adventure, artistic as well as spiritual, allowed me to discover the power of light. 

Sylvie Abélanet

© Sylvie Abélanet 2019

© Adagp, Paris, 2017

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